Cékoiça ?
La Danse du Petit Cheval Blanc :
une histoire de "choc des civilisations"
Chaque année, les indiens Yokot’anob du Mexique exécutent une danse mystérieuse qui fait revivre la rencontre violente entre leurs ancêtres et les Espagnols, il y a plus de 500 ans. Mais comment peut-on danser sur une défaite aussi douloureuse et ancienne ? Empruntant les chemins de l’ethnologie, le webdocumentaire révèle toute la complexité de cette danse et interroge notre lecture du « choc des civilisations ».
Caballito Blanco
Sérigraphie de Eleazar Valencia
La Danse du Petit Cheval Blanc est d’apparence minimaliste mais elle est un véritable concentré de l’histoire mouvementée du continent latino-américain et une réponse originale à certaines questions que pose la mondialisation. Sur le rythme entêtant des tambours et les ritournelles aériennes de la flûte, un cheval-jupon et un personnage masqué se livrent un combat acharné. C’est ici, dans le marais tropical du Tabasco, que les ancêtres des Yokot’anob ont vu débarquer Cortés et ses hommes chevauchant d’étranges montures. Depuis, l’animal, symbole de pouvoir, n’a cessé d’occuper leur imaginaire. La tradition de cette danse-combat remonte aux victoires des chrétiens espagnols sur les musulmans. Exportée vers le Nouveau Monde pour proclamer la supériorité du christianisme, l’ironie du sort a voulu qu’elle finisse par devenir un symbole de la résistance indienne.
Les thèses simplistes de Samuel Huntigton sur le « choc des civilisations » ont trouvé un nouvel écho après les attentats du 11 septembre. Cette vision d’un monde divisé en grandes aires identitaires fondées sur la religion a même incité certains dirigeants politiques à monter sur leurs grands chevaux de croisade. Non sans conséquences dramatiques… Notre webdocumentaire veut être un pied de nez à ces considérations trop sérieuses pour être véridiques. Il ne s’agit pas pour nous de nier l’extrême violence qui a accompagné la Conquista espagnole ni la gravité des conflits actuels. À l’écart du remue-ménage médiatique, nous préférons nous mettre à l’écoute d’un peuple qui danse sur les ruines de son passé, lointain ou proche. Les Yokot’anob sont des indiens sans plumes , des indiens en tee-shirts qui décevront les amateurs d’exotisme. Certains diront avec tristesse : « des indiens acculturés ». Et pourtant, il reste une langue, des récits, une certaine attitude face à la vie… et puis une danse.
Qu’y a-t-il de plus vivant, de plus humain, de plus propre à chaque culture qu’une danse ? Ici, la connaissance de la différence culturelle n’est qu’une étape, elle n’est pas une fin en soi. Le véritable objectif est d’inciter le spectateur à combattre ses a priori en le confrontant à la complexité du réel et en le faisant « danser » avec la multiplicité des sens. Pour cela, il nous a semblé intéressant de mettre à profit les possibilités offertes par le multimédia pour concevoir un documentaire non-linéaire. À la manière du « livre dont vous êtes le héros », le spectateur est libre de définir sa propre narration entre les différents chemins proposés. En tant que narrateur, il est donc amené à exercer sa subjectivité et à la mettre à l’épreuve de celle des acteurs du webdocumentaire, comme de celle des auteurs. La Danse du Petit Chaval Blanc se présente donc comme un portail qui invite à suivre la trajectoire éclatée d’une danse étonnante, bien au-delà de la vision manichéenne du « choc des civilisations ».
Kabil Kabo' : l'étranger mis en boîte
Dans la langue maya des Yokot’anob, « kabil kabo’ » signifie ce qui est étranger. Echanger, est-ce mettre en boîte l'étranger ? Ou se mettre soi-même en boîte ?
L'atelier
de Tamulte de las Sabanas
Kabil Kabo' est un projet d'échange artistique et culturel entre un atelier d'artistes indiens du Tabasco (Mexique) et un groupe de français composé de deux artistes et d'un ethnologue. L'idée est née de la rencontre et du dialogue entre ce dernier et les membres de l'atelier en 2004. Notre objectif est autant de faire connaître une culture et de soutenir un art émergent que de provoquer une réflexion sur la notion même d'échange avec l'étranger. En parallèle du tournage du webdocumentaire "La Danse du Petit Cheval Blanc", nous travaillerons en collaboration étroite avec les artistes de Tamulté, dans leur espace commun de création, la "Palapa". Fruits de cette expérience, des objets artistiques seront produits et "mis en boîte" pour ensuite être échangés entre les deux groupes puis présentés de part et d'autre de l'Atlantique. Ainsi, une double exposition sera organisée en simultané au printemps 2008, à Villahermosa et à Strasbourg. L'intérêt sera de connecter ces deux espaces d'exposition, pour mettre en miroir l'ici et l'ailleurs, l'identité et l'altérité...
Où ça donc ?
Tamulté de las Sabanas, Tabasco
Notre village d’accueil : Tamulté de las Sabanas
Situation géographique : Amérique Centrale, Mexique, Sud-Est, Etat du Tabasco, à quelques 45 minutes de route de Villahermosa, sa capitale, elle-même située à 679 Km de Mexico, 8645 de Nantes, 8881 de Paris et 8974 km de Toulouse
Population : 6861 habitants
Langues : Espagnol ; Yokot’an ou Chontal, langue maya du groupe Chol, pratiqué par 67,7% de la population et par environ 55 000 locuteurs dans la région
Vue aérienne de Tamulté de las Sabanas
Image Google Earth
Paysage : Plaine côtière du Golfe du Mexique, grandes étendues de marais et nombreuses lagunes, dans le delta formé par les fleuves Grijalva et Usumacinta, bref de l’eau et de l’eau, comme il n’y en a nulle part ailleurs dans le pays
Climat : Tropical, chaud et humide
Qui sommes nous ?
Gaël Vince, 28 ans, est diplômé de l’Institut d’Ethnologie de Strasbourg. Il a déjà effectué un séjour de 5 mois chez les Yokot’anob du Tabasco. C’est à cette occasion qu’il a découvert leurs danses traditionnelles et rencontré le groupe d’artistes El Tesoro de Tamulté. C’est donc sur la base de son expérience que se sont construits les projets. S’il n’a pas de réelle formation artistique, sa connaissance des gens et des lieux, sa sensibilité à leur poésie et ses compétences d’ethnologue seront largement mises à contribution dans la réalisation des deux projets.
Guillaume Darras, 25 ans, est dessinateur, graphiste et vidéaste, diplômé de l’Ecole Supérieur des Arts Décoratifs (ESAD) de Strasbourg. Son expérience de l’outil multimédia et son intérêt pour l’ethnologie l’ont poussé à collaborer avec Gaël Vince et à concevoir le webdocumentaire autour de la Danse du Petit Cheval Blanc. Responsable de ce projet, il prendra aussi une part active dans la création d’objets pour le projet Kabil Kabo’.
Magali Bergon, 23 ans, est diplômée de l’ESAD. Elle est spécialisée dans le design et la scénographie et s’intéresse particulièrement au design d’espace et à la muséographie. Sa pratique artistique comprend aussi le dessin, la peinture, la fabrication de bijoux. Elle suivra principalement la mise en œuvre du projet d’échange artistique, depuis l’atelier jusqu'à l’exposition, sans oublier de jeter son coup d’œil affûté sur la Danse du Petit Cheval Blanc.
Le blog
Ce blog se veut le journal de bord de nos deux mois et dix jours au Mexique. Impressions de voyage, avancée des projets, suivi de nos pérégrinations, galères (juste ce qu’il faut pour ne pas s’ennuyer) et moments de grâce : le tout en photos admirables et textes enchanteurs. Bref, de la télé-réalité de grande qualité, en espérant satisfaire votre insatiable curiosité. Quoi qu’il en soit, n’hésitez pas à nous écrire quelques mots et à nous faire part de vos questions et commentaires variés. Ce site est aussi là pour ça.
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