La Danse du Petit Cheval Blanc : une histoire de
> Gaël Vince / mardi 4 septembre 2007 / 18:02 / La Danse du Petit Cheval Blanc / Le documentaire / #4 / rss
Chaque année, les indiens Yokot’anob du Mexique exécutent une danse mystérieuse qui fait revivre la rencontre violente entre leurs ancêtres et les Espagnols, il y a plus de 500 ans. Mais comment peut-on danser sur une défaite aussi douloureuse et ancienne ? Empruntant les chemins de l’ethnologie, le webdocumentaire révèle toute la complexité de cette danse et interroge notre lecture du « choc des civilisations ».

Caballito Blanco
Tamulte de las Sabanas
La Danse du Petit Cheval Blanc est d’apparence minimaliste mais elle est un véritable concentré de l’histoire mouvementée du continent latino-américain et une réponse originale à certaines questions que pose la mondialisation. Sur le rythme entêtant des tambours et les ritournelles aériennes de la flûte, un cheval-jupon et un personnage masqué se livrent un combat acharné. C’est ici, dans le marais tropical du Tabasco, que les ancêtres des Yokot’anob ont vu débarquer Cortés et ses hommes chevauchant d’étranges montures. Depuis, l’animal, symbole de pouvoir, n’a cessé d’occuper leur imaginaire. La tradition de cette danse-combat remonte aux victoires des chrétiens espagnols sur les musulmans. Exportée vers le Nouveau Monde pour proclamer la supériorité du christianisme, l’ironie du sort a voulu qu’elle finisse par devenir un symbole de la résistance indienne.
Les thèses simplistes de Samuel Huntigton sur le « choc des civilisations » ont trouvé un nouvel écho après les attentats du 11 septembre. Cette vision d’un monde divisé en grandes aires identitaires fondées sur la religion a même incité certains dirigeants politiques à monter sur leurs grands chevaux de croisade. Non sans conséquences dramatiques… Notre webdocumentaire veut être un pied de nez à ces considérations trop sérieuses pour être véridiques. Il ne s’agit pas pour nous de nier l’extrême violence qui a accompagné la Conquista espagnole ni la gravité des conflits actuels. À l’écart du remue-ménage médiatique, nous préférons nous mettre à l’écoute d’un peuple qui danse sur les ruines de son passé, lointain ou proche. Les Yokot’anob sont des indiens sans plumes , des indiens en tee-shirts qui décevront les amateurs d’exotisme. Certains diront avec tristesse : « des indiens acculturés ». Et pourtant, il reste une langue, des récits, une certaine attitude face à la vie… et puis une danse.
Qu’y a-t-il de plus vivant, de plus humain, de plus propre à chaque culture qu’une danse ? Ici, la connaissance de la différence culturelle n’est qu’une étape, elle n’est pas une fin en soi. Le véritable objectif est d’inciter le spectateur à combattre ses a priori en le confrontant à la complexité du réel et en le faisant « danser » avec la multiplicité des sens. Pour cela, il nous a semblé intéressant de mettre à profit les possibilités offertes par le multimédia pour concevoir un documentaire non-linéaire. À la manière du « livre dont vous êtes le héros », le spectateur est libre de définir sa propre narration entre les différents chemins proposés. En tant que narrateur, il est donc amené à exercer sa subjectivité et à la mettre à l’épreuve de celle des acteurs du webdocumentaire, comme de celle des auteurs. La Danse du Petit Chaval Blanc se présente donc comme un portail qui invite à suivre la trajectoire éclatée d’une danse étonnante, bien au-delà de la vision manichéenne du « choc des civilisations ».


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