De Teotihuacán à Tamulté de las Sabanas...
> Gaël Vince / dimanche 16 septembre 2007 / 03:35 / Notre voyage / #10 / rss
Après le patio de Frida, nous voici dans celui de Doña Ofelia et Don Lupe, à Tamulté de las Sabanas, notre village d’accueil. Entre temps, mercredi dernier, nous étions à Teotihuacan, célèbre site archéologique près de Mexico, dernières traces d’une grande civilisation. Emotion sur la Pyramide de la Lune, spectacle hallucinant de la Chaussée des Morts sous la pluie, vide de touristes. Nous étions là, sous nos ponchos imperméables, tels trois fantômes en camaïeu de vert, ébahis par la perfection de ces grands blocs émergeant de la brume.
Le lendemain, Guillaume a préféré se reposer à l’appartement. Magali et moi sommes partis à Xochimilco, où se trouvent les restes des jardins flottants de l’ancienne capitale aztèque, les « chinampas ». Glissant sur les canaux, notre barque colorée nous offre le spectacle d’une petite Venise mexicaine. Un peu de calme nous change de l’excitation de la capitale. Mais il y a aussi une ambiance unique en son genre, même en semaine : nous croisons trois barques amarrées les unes aux autres où des petits vieux dansent au rythme de la marimba, jouant les tubes de leurs années de jeunesse. « C’est touchant de simplicité » disait l’un des deux français nous accompagnant.
Nous avons terminé la journée en centre-ville, au ministère de l’éducation, là où se trouvent de nombreuses peintures murales de Diego Rivera. Formes rondes, harmonie des couleurs, thématiques révolutionnaires, l’expressivité des visages est surprenante. Encore un patio vert, magnifique havre de paix en plein cœur de la mégalopole.
Aujourd’hui, nous sommes donc dans cet autre patio où j’ai passé de nombreuses heures, il y a trois ans. Nous sommes arrivés hier à Tamulté, ce village indien du Tabasco où la famille Valencia m’avait accueilli comme leur propre fils. Longtemps, j’ai appréhendé ce moment, me demandant comment ils allaient me recevoir de nouveau, moi qui leur devais tant et qui croyais leur avoir apporté si peu en échange. Mais j’avais oublié à quel point le temps passé ensemble nous avait rapprochés. A peine sortis de la camionnette qui nous transportait depuis Villahermosa, la grande ville toute proche, l’accueil a été phénoménal. Tout au long de la journée, Magali et Guillaume ont pu mesurer la chaleur et la gentillesse des gens d’ici. Embrassades, rires, souvenirs partagés… le bonheur ! Je me souviens de mon arrivée, en 2004. Les premières semaines, nous nous observions un peu à distance et tout doucement, la confiance et l’amitié se sont installées. Durablement. Ici, nul besoin de paroles, les choses se font naturellement. Comme en ce moment même, où, à l’ombre du grand tamarinier (arbre fruitier) tapotant sur l’ordinateur de Guillaume, j’ai le panorama suivant. Chacun reste en silence dans sa bulle. A ma gauche Magali et Guillaume croquent des enfants. Je vous rassure, ici pas d’anthropophagie ogresque. Simplement, deux petites filles à leur table se sont mises à dessiner, inspirées par les croquis de mes deux compagnons de voyage, qui les croquent donc. Derrière moi, le chat dort en boule sous le hamac. Face à moi, la jeune mère d’une des petites filles lave des biberons. Un peu plus à droite, une femme s’affaire à la lessive, non loin du foyer à trois pieds où chauffe le « comal ». Cette plaque d’argile ronde cuit la grande galette de maïs, le « pimpimwah » en langue yokot’an (la langue indienne locale). A ma droite, le linge sèche, balayé par un vent doux et par l’ambiance musicale du village.
Pour l’instant, nous sommes installés dans la famille Valencia. Nous occupons la chambre d’Eleazar, le fils cadet, mon ami. Il est parti chez une amie au Yucatan pour aider à réparer les dégâts du dernier ouragan dévastateur. Il devrait rentrer lundi. D’ici là, nous aurons suffisamment accommodé l’atelier où nous devons séjourner. Face au cimetière, dans un jardin de broussailles tropicales, nous disposerons d’une petite maison avec deux chambres. Une fois dépoussiéré, débroussaillé et démoustiqué, l’endroit sera idéal pour nous. Le seul petit hic, c’est l’eau courante, qui est souvent coupée. Mais nous pourrons toujours compter sur la famille Valencia qui habite à 5 minutes de là.


Commentaires
1. Le dimanche 16 septembre 2007 à 15:58, par isad
2. Le lundi 17 septembre 2007 à 19:09, par mfd
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