Ensuite tout s’enchaîne logiquement. D’abord la rencontre avec Don Isidro, le danseur du Masque, puis son invitation à venir chez lui. Et le lendemain, caméra en main, nous découvrons au fond d’une cour, dans une petite pièce quasi-nue, le petit cheval blanc, El Caballito Blanco. Il est là, suspendu par une lanière accrochée au plafond. Une petite vielle dame, assise sur un lit tout à côté, coud quelque morceau d’étoffe pour recouvrir la carcasse de bois de l’animal. Don Isidro se lance et nous explique la tradition, appuyé par la voix aigrelette de la petite vieille dame. À son bras, il porte fièrement, tel un plastron, le masque de couleur rouge. La figure semble nous défier de son regard narquois, comme si elle doutait de notre capacité à entrer dans ce spectacle d’illusion et de tradition. Don Isidro en profite pour se glisser le temps de l’interview dans la peau du danseur du petit cheval. Il enfile la tenue et esquisse les pas de la danse, son balancement si particulier…

Et puis c’est deux jours plus tard une nouvelle rencontre chez lui. Le Cheval a cette fois revêtu quasiment tous ses attributs : la croix, la crinière, les bottes du cavalier, la queue, les draperies blanches et les yeux qui nous fixent. Don Isidro s’affaire autour de la bête, recoud quelques détails, affine, ajuste.

C’est, encore, le lendemain, une cérémonie en commémoration de la femme de l’ancien danseur du Masque, décédée six mois plus tôt. L’autel est au centre de la pièce. Aux quatre côtés, posée sur une brique de béton, brille une bougie. Tout autour sont disposées les chaises où viennent s’asseoir peu à peu nombre de personnes de tous âge. Un vieil homme récite les prières dos au mur où l’on a accroché la machette de bois de l’ancien danseur.

Et déjà deux jours plus tard s’annonce le début du novenario, c’est-à-dire les neufs jours qui vont nous emmener jusqu’au 4 octobre, le jour de San Francisco, le saint patron de Tamulté, l’un des moments les plus importants de la communauté tamultèque – du moins de son pendant catholique –. Déjà commence à poindre des stands autour de la place centrale. Une ambiance qui rappelle le Jour de fête de Tati avec les chapiteaux qui se dressent doucement. Les camions arrivent peu à peu et installent qui des jouets "made in China", qui des poteries, qui des fours pour les brioches aux couleurs du Mexique, qui des manèges et autres grandes roues. C’est le temps des maromos, ces processions qu’organisent certaines familles pour amener de leur maison à l’église les différentes offrandes préparées durant la nuit. On trouve principalement les tamales, ces gâteaux de maïs cuit dans les feuilles de popal et le pozol, la boisson concoctée avec une base de maïs décidemment omniprésente dans la cuisine locale. Le tout est emmené au bout d’une solide branche d’arbre portée à deux au son des tamborileros – le groupe de musiciens composé de tambours et d’une flûte –.

Magali au son, Guillaume à l'image
En haut à droite, un dindon observe

Le troisième jour du novenario, nous nous retrouvons ainsi à trois heures du matin, arpentant les rues du village, caméra et perche en main, suivant les pas de Don Abelino et de sa femme en quête de viande. Le boucher est réveillé, il sort les morceaux de bœuf et l’assistant va en caleçon peser le tout. Une fois de retour à la maison de la famille Valencia Velasquez commence la préparation des tamales. La viande est découpée et mise à cuire dans le grand chaudron posée sur un feu dans la cour. En attendant que la viande cuise, la maîtresse de maison nous offre le pinol, une boisson chaude mélangeant délicieusement le maïs torréfié et la cannelle. En buvant le breuvage, calés dans deux hamacs attachés à la toiture de palme, nous écoutons la femme d’Abelino nous raconter la tradition religieuse locale. Puis c’est l’heure de s’occuper du maïs. Celui-ci est lavé puis passé au robot pour obtenir la pâte qui va servir de base aux tamales. Nous rejoignons alors Don Abelino qui surveille de feu. C’est devant les flammes qui lèchent le grand chaudron, entourés de dindons plus ou moins endormis, éclairés par la lune qui scintille au travers des feuillages que nous le filmons nous racontant différents aspects de la vie tamultèque, de la tradition, de la famille et de la religion. La préparation continue tout au long de la nuit. On détache les fibres de la viande, on mélange la pâte de maïs, l’eau et la viande puis on place le tout dans des feuilles de popal, avant de cuire.

La femme de Don Abelino
fait griller du cacao pour le pozol

Les yeux cernés, l’estomac qui nous tiraille quelque peu, nous en profitons pour rentrer à la Palapa nous reposer quelque peu avant le maromo. Sur les coups de onze heures, nous retrouvons la maison de la famille Valencia Velasquez. La procession commence, des pétards éclatent et les tamborilleros font entendre leurs rythmes particuliers. Après installation des offrandes devant le Christ del Buen Viaje, c’est l’heure de la messe. Le prêtre entre dans l’église, le sourire aux dents bien blanches. L’heure n’est plus à la tradition locale. La cérémonie se déroule et ce n’est qu’une fois l’office fini que le prêtre bénit d’un geste rapide l’autel garni de pozol et de tamales. C’est la fin du maromo et pour certains le moment attendu : la distribution des offrandes. Nous recevons comme tout un chacun notre lot de tamales… qui vont enrichir notre collection dans le réfrigérateur de la Palapa.