L’idée de travailler dans des boîtes est notre pierre d’édifice. Pourquoi des boîtes ? Premièrement, pour des raisons pratiques de transport. Nous allons créer des projets ensemble à Tamulté et nous devrons ensuite en transporter la moitié outre Atlantique. Petit rappel : le concept de l’échange artistique est de monter deux expositions simultanées au Mexique et en France.
Nous avons fait de cette contrainte notre support de création : chaque projet devra pouvoir rentrer dans une boîte cubique de 50cm de côté. Un projet par boîte. La boîte définit à la fois les dimensions des projets ainsi que leur mise en forme en terme de rangement et de montage. Par conséquent, la boîte pourra être utilisée comme simple contenant ou bien faire partie intégrante de l’œuvre : elle peut alors prendre la place du socle, devenir mobilier ou support à peindre et donc œuvre elle-même. Ce système engendre forcément une réflexion sur les rapports entre contenants et contenus, entre les apparences et l’intériorité des choses. Le contraste entre l’aspect commercial de ces boîtes, leur mode de transport et la « richesse » qu’elles contiennent est pleinement assumé.

Toutes les boîtes devront être identiques à l’extérieur afin de ne pas pouvoir faire de distinction entre les projets qu’elles contiennent. Il est prévu de réaliser deux ensembles de boîtes faisant chacun 1 mètre cube. Cela fait huit boîtes, et donc huit projets par ensemble. Un ensemble restera au Mexique, le deuxième partira pour la France.

L’ensemble des projets réalisés, nous nous livrerons à une sorte de « rituel » ou de « jeu » de rubixcube géant. A une date définie (le 11 Novembre 2007, soit une semaine avant notre départ)), nous procéderont au « rituel de l’échange ». Le but de cette étape est de former deux ensembles de boîtes sans savoir de quels projets il s’agit et sans savoir encore quels projets seront exposés en France ou au Mexique.

Arrivera alors la période d’incubation des projets. Le temps que les premières boîtes voyagent vers la France, les boîtes au Mexique resteront fermées . A une autre date fatidique, nous ouvriront tous ensemble les boîtes afin de savoir avec quels projets nous allons faire les expositions.

Chaque groupe au Mexique et en France aura alors l’entière liberté de mettre en scène les œuvres que l’autre lui aura confié par le biais du « rituel ». C’est la base de notre projet : confier à l’autre ses œuvres en toute confiance, les désacraliser afin de valoriser le pouvoir créatif du groupe plutôt que le travail individuel. C’est pourquoi l’exposition mettra en avant aussi bien l’intérêt artistique de chaque œuvre exposée que tout le processus de création et de partage antérieur aux expositions. Nous considérons ces deux expositions comme le résultat de deux mois de travail passés ensemble et comme la preuve d’un échange culturel et humain au delà d’un simple échange d’objets.

Pour la scénographie, nous avons choisi une forme identique pour les deux expositions : il s’agit de créer un espace propre dans chaque salle d’exposition. Un espace dans un espace qui donne d’une part, une réponse aux différences de surface des espaces d’exposition qui existent au Mexique et en France, et d’autre part, qui rappelle la dualité de l’échange. Cet espace sera une reconstitution de la palapa brûlée qui est pour nous un lieu symbolique : dans cet espace détruit nous nous sommes réunis pour travailler et créer. Ce sera le lieu de l’ « échange des boîtes » et celui aussi, symbolique, des expositions. En réalité chaque espace sera une moitié de la palapa, soit un octogone divisé en deux.

Afin de bien montrer que les deux expositions se dérouleront en même temps, chacune sera filmée et retransmise en direct sur un écran de l’autre côté de l’atlantique. Sera ainsi reconstruit l’espace d’exposition commun par le biais de l’image vidéo. Ecran, caméras, vidéo-projecteur et liaison internet sont autant de moyens techniques inscrits dans une certaine contemporanéité, en contraste aussi avec les moyens assez restreints que nous avons utilisés pour créer (papier, toile, bois, peinture, pour la plupart des matériaux de récupération). Par cette retransmission en direct, nous pourrons jouer avec le décalage horaire, comme montrer le fonctionnement et l’évolution de certaines œuvres dans le noir, etc. Il s’agira aussi de montrer l’exposition en tant qu’étape et non en tant que fin en soit.

Dans l’avenir, ces expositions simultanées pourront transiter dans de nouvelles villes et renaître à tout moment.